Chers amis,

Nous vous saluons de Bethléhem. Ceci est notre second message en l'espace de quelques jours. Nous voudrions vous mettre à jour concernant la situation et vous remercier pour votre solidarité, vos appels téléphoniques, fax et messages email, aussi bien que pour vos prières et vos protestations aux diverses autorités impliquées.

Nous tenons à vous faire savoir que vos actions et protestations ont d'une façon certaine contribué à accélérer le retrait de l'armée israélienne des locaux de l'eglise luthérienne et de la zone A dans la ville de Beit Jala, jeudi matin. La menace d'une nouvelle occupation existe bien, étant donné que les chars et les soldats israéliens sont à l'affût aux limites de Bethléhem et de Beit Jala. Ce matin les élèves de l'école modèle de Dar al-Kalima ont repris leurs cours,
après une fermeture d'une semaine. Bien qu'ils soient heureux d'être de retour, les enfants n'ont pas fini de vivre le traumatisme des quelques jours passés. Beaucoup d'entre eux ont d'affreuses histoires à raconter. Sarkis, élève de sixième âgé de onze ans a vécu une expérience qu'aucun autre enfant n'avait subi. Mercredi soir, lorsque les tirs avaient repris, une balle a traversé la porte d'entrée de la maison de Sarkis, terrifiant l'enfant et toute sa famille. Pour calmer les enfants, la mère lui dit, à lui et à ses s¦urs, de ne pas avoir peur et de prier pour la sécurité de la famille. Avant même qu'il n'eût le temps de s'agenouiller pour prier, deux missiles frappèrent successivement la maison, faisant hurler les enfants. Les missiles
atteignirent la cheminée et la porte d'entrée, ne laissant aucune fenêtre et aucune porte intacte. Grâce à Dieu, aucun membre de la famille Sarkis ne fut blessé, mais la famille est traumatisée par ces événements. Angelina, âgée de treize ans, à la tête de la quatrième, a
une autre histoire horrible à raconter. Angelina et les autres membres de la famille, treize en tout, furent enfermés pendant deux jours dans une pièce de la maison sans pouvoir aller se procurer de la nourriture ni aller aux toilettes sans la permission des soldats. Toute la
famille est physiquement saine et sauve, mais le traumatiisme d'être emprisonnés dans leur propre maison les poursuivra pendant longtemps.
Les histoires de Sarkis et d'Angela ne sont pas uniques. S'ils vous plaît, incluez-les dans vos prières ainsi que tous les enfants de Palestine. Notre mission se trouve un peu facilitée par votre accueil et votre dévouement à la paix et à la justice. Notre dernière lettre, nous en sommes certains, a créé une chaine de réactions qui a fait bouger les choses. Les actions entreprises par vous ont été fort

diverses :
 
1. Nous avons reçu de nombreuses réponses exprimant votre souci causé par cette nouvelle occupation. Les emails sont arrivés d'Argentine, d'Australie, du Botswana, du Canada, d'Egypte; des îles Fidji, de Finlande, de France, d'Allemagne, de Grèce, de Norvège, de Sierra
Leone, de Sri Lanka, de Suède, de Suisse, de l'Uganda, du Royaume Uni, des Etats Unis et de nombreux autres pays.

Un message émouvant est arrivé d'Irlande du Nord, disant ceci :

Chers amis,
Je viens de lire votre lettre et elle m'a touché mon c¦ur profondément. Je viens de rentrer du Kosovo et de Bosnie et je suis étonné pourquoi nous avons tant peur de la paix. Pourquoi tant d'être humains ont-ils besoin de la "sécurité" que leur donne l'ennemi pour savoir qui ils sont. L'ennemi de l'extérieur comme celui de l'intérieur.

Des Etats Unis, un nouvel ami de notre Centre écrit :

S'il vous plaît, passez le message à vos amis et à ceux que vous aimez, mes yeux se remplissent de larmes et mes lèvres tremblent à l'idée que je pourrais être moi-même au milieu de cette crise horrible. Qu'en serait-il si c'était MON enfant ou MON petit-enfant, qui n'avait rien à manger, ma famille empêchée de dormir, tournant en rond dans une confusion totale, ne sachant pas croire croire, dans la peur et la panique de ce qui va suivre. Je suis secoué quand je lis dans la même phrase "fusils et chars" et "Bethléhem". La seule relation que j'ai avec Bethléhem est par la Bible, le lieu de naissance de mon Seigneur et Sauveur.


Un ami d'Uganda nous a envoyé un poème qu'il a composé après avoir lu notre message.
Voilà des termes de ce qu'il dit :


Nous avons besoin de paix, crie l'enfant
Au milieu des coups de feu dans la maison abandonnée
"paix pour tous, amour et joie", crie-t-elle en vain
Mais où la paix est-elle tombée?
Qui a volé la paix?
Pourquoi la joie est-elle en sommeil?
Quand l'amour sera-t-il de retour?
Mon ancêtre Israel?
Mon compatriote Palestine?
Hommes de l'Est où naquit la sagesse?
Hommes du Proche Orient où naquit la sagesse?
Hommes de la terre qui incarnent la joie et la paix?
Pourquoi m'avez-vous à ce point détruit, cassé, rendu fou, dans la mort?

Ô Dieu!
Me tiens-tu comme auparavant,
M'appelant à la repentance lorsque j'ai péché
Ramenant la paix avec un voisin en mésentente
Me mettant à table avec mon ennemi
Reconstituant mon espoir et renforçant mon courage
Pour que je puisse rester fidèle et infatigable dans l'amour?

Oui, Seigneur!
Je prie pour que l'Amour devienne Israël
La Palestine Paix et le Proche Orient Joie
Alors toi et moi répandrons la Vie
Sur la terre devenue Sagesse!

Un autre ami en Israël nous écrit:" nous pensons à vous et sommes actifs contre l'occupation et la guerre".

Un ami de l'Inde nous dit; "les mots ne sont pas assez pour dire ce que je ressens pour toute la souffrance subie en Terre Sainte en ce moment même. Il ne se passe pas un jour sans que mes pensées ne soient dirigées vers vous".


2. De nombreuses agences de presse publièrent la prise de l'église luthérienne à Beit Jala, internet compris et ont interviewé des personnes directement vicitmes de cette aggression. Beaucoup d'entre
vous ont contacté les principaux organes de presse, de radio et de télévision de leur pays ainsi que les correspondants dans le Proche Orient, demandant des comptes rendus précis et honnêtes.

Voyez par exemple les articles suivants :
2.1.Israeli troops retake Beit Jala [les troupes israéliennes reprennent Beit Jala] par Phil Reeves, 29 August 2001 in http://www.independent.co.uk/story.jsp?story=91104
2.2. After Invading Town, Israel Digs In Officials Say Troops Will Stay Until Shooting Stops [après avoir envahi la ville, Israël s'incruste, les dirigeants disent que les troupes resteront aussi
longtemps que les tirs continuent, par By Lee Hockstader in
http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/articles/A10245-2001Aug28.html
http://www.cnsnews.com/ViewForeignBureaus.asp?Page=\ForeignBureaus\archive\200108\For20010829c.html

3. Notre dernière lettre a été transmise à la Commission européenne par un ami. Beaucoup d'amis ont transmis notre lettre à la Maison
Blanche, au Sénat et au Congrès américains, demandant une intervention immédiate des Etats Unis dans le conflit israélo-palestinien pour obtenir une solution pacifique au conflit. Beaucoup d'églises et d'organisations laïques ont mis notre lettre sur leur site internet.

4. Des dirigeants d'églises dans les pays comme le Royaume Uni, la Suède, la Norvège, l'Allemagne, la Suisse et les Etats Unis ont pris contact avec le ministère des Affaires étrangères de leur pays, ainsi qu'avec les ambassades israéliennes, demandant la cessation des
actions guerrières et destructrices dans le secteur de Bethléhem.

5. Un grand nombre de personnes ont organisé des prières en notre faveur et fait circuler des pétitions demandant à l'armée israélienne de quitter Beit Jala.

6. La lettre que nous vous avons envoyée a été immédiatement traduite en français et en allemand, nous permettant ainsi d'atteindre une audience plus large.

7. Par des sermons du dimanche et des articles très critiques dans la presse locale, certains d'entre vous ont tenté courageusement d'intensifier dans leur paroisse la conscience de la souffrance du peuple palestinien. Nous comprenons fort bien que cette action n'est pas simple et que votre volonté d'agir pour la justice et pour la dignité humaine suscite de grandes pressions pour vous empêcher d'agir ainsi. L'un d'entre vous nous a fait part comment il a subi une telle
pression :"J'ai été surpris par le retour de bâton après avoir publié quelques articles très critiques dans la presse locale. Plusieurs collègues et certaines églises locales m'ont blâmé publiquement pour avoir nié la parole de Dieu et blasphémé le plan divin de Dieu en condamnant Israël". Mais une fois que les yeux des gens se sont ouverts, il n'y a pas de retour en arrière possible, poursuit notre ami qui n'abandonnera pas, disant :"Depuis j'ai essayé d'aider les gens à comprendre que le génocide du peuple palestinien ne peut pas se faire au nom de Jésus-Christ." Mais notre ami et beaucoup d'autres comme lui, face à de tels retours de bâtons, ne doivent pas être les seuls à répandre des informations critiques qui éclairent les esprits.
Le bond en avant que l'humanité a fait dans les dernières années dans le domaine des moyens de communication permet de raconter une histoire au moment même où elle se passe, permettant ainsi aux gens de toute la terre d'entreprendre une action collective. Donc travailler avec et
par les mass media est une priorité pour le peuple palestiniien en général et les chrétiens de Palestinen en particulier.

L'histoire de la souffrance du peuple palestinien sous l'occupation doit être dite et redite sans cesse afin qu'aucun autre peuple n'ait à subir l'indignité et l'inhumanité d'une occupation étrangère. L'Eglise peut et doit jouer un rôle important à cet égard. Les images transmises par satellites dans presque chaque foyer du monde de jeunes enfants palestiniens dans l'internat de Beit Jala, priant pour la paix avec l'évêque Munib Younan alors qu'on tirait par-dessus leurs têtes, et la voix de Khader Mussalam, réprimandant des soldats israéliens pointant sur lui leurs fusils et les canons de leurs chars, leur disant "vous ne pouvez pas tirer du clocher, ceci est un TEMPLE", ont montré l'importance et la vraie mission de l'église en temps de grande danger.

Pour terminer nous aimerions vous remercier pour tout ce que vous avez fait pour nous. Ces actions prouvent que lorsque la communauté du Christ est appelée à parler pour la justice et pour la paix, et se mobilise pour cela, elle peut transporter des montagnes. La route est encore longue et difficile. Mais au milieu de tout ce conflit et de ce désespoir dans le Proche Orient, Dieu a ouvert une fenêtre par laquelle nous pouvons clamer la vérité, témoigner pour la justice et parler pour la paix.

Dr. Nuha Khoury
Rev. Dr. Mitri Raheb
Responsables du Centre international de Bethléhem (ICB)

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