Chers amis,

Hier matin arriva la nouvelle de l'assassinat d'Abu Ali Mustafa*, le dirigeant du FNLP, un parti palestinien important. Et puis,  pendant la nuit, on entendit des bruits de mitrailleuses et d'obus de char autour de Bethléhem. A 2 heures du matin, des gens crièrent que nous devions sortir de nos maisons pour défendre le pays. Les cloches de l'église de la Nativité se mirent à sonner et des versets du Coran furent chantés des minarets.
Après une longue nuit sans sommeil, l'équipe et des volontaires du Centre international [que dirige le Dr Mitri Raheb] prirent le chemin de leur bureau dans les rues désertes de Bethléhem. Comme nous nous réunissions pour notre rencontre hebdomadaire, tous portaient les signes d'une nuit fatigante et sans fin, épuisés, désespérés, les soucis creusant profondément les visages.


Nous partageâmes un temps de lecture des écritures et de prière, nous concentrant sur l'amour de Dieu surpassant nos pires craintes. Nous passâmes du temps à nous parler et à nous raconter chacun sa nuit. C'est en nous parlant que nous décidâmes, chers amis, de vous écrire. A un moment où un grand nombre des mass media internationaux [un euphémisme] ignore à la fois l'aspect humain de la situation que nous vivons, ainsi que la poursuite de la déshumanisation du peuple palestinien en général, nous vous ouvrons une fenêtre sur notre réalité en vous faisant savoir par quels moyens, quelques uns du moins, ces événements agissent sur notre vie, ici, dans le Centre. Ce ne sont pas des faits uniques. Les gens de Cisjordanie et de Gaza pourraient en écrire bien d'autres tout aussi bien. Nous espérons cependant que si vous écoutez ces voix, vous saisirez mieux la réalité humaine se trouvant derrière les titres de la presse et les discours politiques.

Viola Raheb, directrice des Ecoles évangéliques luthériennes en Palestine expliqua à l'équipe : "nous avons pris la décision d'ouvrir nos écoles luthériennes une semaine plus tôt cette année. Nous espérons ainsi gagner quelques jours en prévision de nouvelles perturbations futures et de donner à nos élèves et enseignants l'occasion de se réunir dans un environnement plus calme et plus confortable. Mais au plein milieu de la première journée arriva la nouvelle de l'assassinat de Abu Ali Mustafa à Ramallah. Nous décidâmes alors de renvoyer les enseignants et les enfants chez eux plus tôt, de fermer les écoles le mardi pour les rouvrir le mercredi. En prenant cette décision toutefois, nous n'avions pas prévu que notre existence serait mise sens dessus dessous. En cet instant nous nous battons pour savoir si nous pourrons ouvrir nos écoles demain. Un grand nombre de nos enseignants et élèves habitent dans des localités qui ont été réoccupées et sont maintenant frappées d'un couvre-feu, avec interdiction de quitter leurs maisons. Et les autres ont passé toute la nuit dernière et la plus grande partie de cette matinée à se terrer pour échapper aux tirs. Nous recommençons une nouvelle année scolaire gâchée par le tramatisme d'une nouvelle occupation".

Des informations furent aussi échangées au sujet de l'occupation de l'église luthérienne de Beit Jala, y compris l'internat pour garçons dans des locaux dans le même immeuble. Au moment où nous écrivons, l'armée israélienne ont occupé à la fois l'église et la Maison d'Abraham, dans laquelle vivent les enfants. Personne, excepté des membres de l'équipe dirigeante qui y vivent, n'ont eu accès ni à l'église ni à la Maison. En ce moment il n'y a même pas de pain dans les locaux et toutes les tentatives de se procurer de la nourriture pour les enfants sont empêchées. Notre évêque a entrepris de nombreux entretiens avec de nombreux officiels, ici et à l'étranger pour les alerter sur cette situation. Les mass media israéliens diffusent que l'armée israélienne respecterait tous les lieux saints à Beit Jala. Ceci est faux et il faut sévèremenet condamner le fait que nos dirigeants et de l'alimentation sont empêchés d'entrer dans l'église et dans l'école. Pour les volontaires venus d'Italie, d'Allemagne et des Etats Unis, ce fut une nuit incroyable. Pour les nouveaux venus, ce fut un choc, pour les volontaires présents depuis plus longtemps, ce fut une nuit de désespoir et de souffrance. Marc Frings, un jeune Allemand, travaille pour le Centre international de Bethléhem pour les 13 mois à venir. Il a choisi de faire un service civil à la place du service militaire. Son commentaire, ce matin : "J'ai opté pour un service civil, pour travailler pour la paix, plutôt que dans l'armée. Mais, de tous mes amis qui allèrent au service militaire, je serai probablement le seul à voir une guerre!". Deux de nos collaborateurs ne purent venir au Centre ce matin. Shady, en charge des communications, a dû fuir sa maison à Beit Sahour au milieu de la nuit. Sa maison est près de Jabel Abu Ghneim, près de là où les Israéliens construisent la nouvelle colonie de Har Homa, et il se trouve près de la ligne de feu. Avec son épouse et sa fillette de 2 ans, il a déménagé dans la maison de sa belle-s¦ur dans la vieille ville de Beit Sahour. Bien que le sommeil était là aussi impossible, il y était plus en sûreté avec sa famille. Un autre ami du Centre appela juste en début de notre réunion. Sousan, mère de 2 enfants, pleura au téléphone : "Il y a des chars qui passent et des soldats à notre porte qui tirent. Qu'est-ce que je dois faire ? Je ne sais pas quoi faire."

Le pasteur Mitri rapporta que plusieurs famille membres de la paroisse avaient subi des dégâts à leur maison pendant la nuit. L'une d'entre eux qui habite à Beit Jala venait juste de quitter sa cuisine lorsqu'une balle entra en faisant éclater la vitre. Toute la famille, avec les quatre enfants, sont maintenant enfermés par le couvre-feu.

Pendant que nous vous écrivons, il y a toujours encore des tirs près du camp de réfugiés Aida, à l'entrée Nord de Bethléhem et les Israéliens apparemment ne savent pas combien de temps leurs troupes resteront sur place.

Nous avons besoin de votre solidarité pendant ces journées et nous apprécions ceux qui, par des moyens divers, nous ont apporté leur soutien et leur réconfort. Nous vous demandons instamment de prier et d'inciter les dirigeants à contribuer à une paix juste et à la sagesse. Venez aussi visiter notre page web à l'adresse
www.annadwa.org que nous mettons régulièrement à jour avec de nouvelles informations. Vous y trouverez aussi des indications pour des actions urgentes et des suggestions quant à la manière de nous aider.


Nous sommes avec vous en prière et en action.


Dr. Nuha Khoury, Rev. Sandra Olewine and Ms. Viola Raheb, Staff members- ICB

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